Décibels #4 : Se mettre au diapason de la souveraineté numérique

Au programme ce mois-ci 🔊 Après Mythos, on monte le son sur les capacités de GPT-5.4 Cyber | 👀 Les communs, le logiciel libre et l’open source, contrechant de la souveraineté numérique | 🎤 L'interprète du mois, Yann Léchelle, nous éclaire sur la philosophie des artefacts numériques ouverts.


Sourdine : la rubrique de veille anti acouphènes

De 160 dB (saturation), 80 dB (conversationnel), ou 20 dB (signal faible), on analyse les bruits qui ont fait l'actualité récente en veillant à monter le son de ceux que l’on a insuffisamment entendus.


180 dB : C’est le bruit qu’a fait le modèle Mythos d’Anthropic le mois dernier 

et qui nous amenait à publier une note sur les enjeux à l’œuvre dans la dialectique IA & cybersécurité. Si vous en avez tous entendu parler, le signal fort à retenir est de ne pas rester focalisé uniquement sur Mythos. Quelques jours plus tard, OpenAI dévoilait son modèle GPT-5.4 Cyber. 

On tend l’oreille.

  • La question de la commercialisation : lorsque ses créateurs décidaient de ne pas commercialiser Claude Mythos, jugé trop dangereux et en limitaient l’accès à un cercle restreint (rassurant au passage les investisseurs et en réalisant un mois plus tard une levée de fonds de 65 milliards de dollars), Sam Altman les accusait de « jouer sur la peur pour le marketing» ... avant de procéder à un arbitrage équivalent pour GPT-5.4 Cyber dont l’accès est limité aux défenseurs vérifiés via le programme Trusted Access for Cyber (TAC), sans commercialisation publique.
  • Le bruit ne fait pas le moine : si le déploiement de GPT-5.4 Cyber à quelques heureux élus s’est fait plus silencieusement que celui de Mythos, il semblerait qu’il le surpasse déjà en matière de détection et d’exploitation de vulnérabilités. Selon l'AI Security Institute (AISI) britannique, qui a eu accès au modèle en avant-première, GPT-5.4 Cyber afficherait un score de 71,4 % de réussite sur les tâches expertes (courbe inférieure du graphique ci-dessous) contre 68,6 % pour Mythos.


80 dB : GitHub Copilot change sa politique de tarification vers une facturation à l'usage

Face à l’augmentation de la cadence des usages et leur automatisation, les services d’IA sont plus que jamais en recherche de modèles économiques pérennes pour supporter les coûts des infrastructures de calcul qui soutiennent leurs modèles. C’est dans ce contexte que GitHub Copilot a annoncé une bascule vers une  facturation à l’usage, à compter du mois prochain.

Les signaux à retenir :

Un modèle plus équitable ? Le média The Information révélait dernièrement qu’un abonné Claude Max pouvait engendrer jusqu’à 5 600 dollars de coûts pour l’entreprise avec un abonnement mensuel à 100 dollars. La tarification à l’usage amènerait à faire peser les coûts d’inférence sur chacun, au prorata de son utilisation, et cible plus particulièrement les workflows d’agents dont l’automatisation génère une charge continue sur les infrastructures et pour lesquels la structure initiale des abonnements n’était pas dimensionnée.

  • Un signal faible – mais porteur – d’incitation à l’usage frugal : la fin des quotas de requêtes « tout‑compris » obligera les développeurs à rationaliser leurs itérations, à choisir leurs modèles avec plus de discernement (petits modèles spécialisés plutôt que de gros modèles généralistes) et à faire des compromis entre vélocité et coût d’utilisation.
  • Vers une généralisation du modèle ? Il ne s’agit pas ici d’un cas isolé et la tendance pourrait résonner plus largement dans l’écosystème de la Tech où le modèle économique de l’IA générative se cherche encore. Anthropic joue la même partition en ajustant ses offres avec des limites d’usages aux heures d’affluence, façon « heures pleines », ou un retrait de certaines fonctionnalités (comme Claude Code) des offres Pro.

 

20 dB : Annulation de la conférence RightsCon – sourdine sur les droits de l’Homme en ligne

Access Now, l’organisation internationale à but non lucratif, qui orchestre depuis quatorze ans la RightsCon, conférence mondiale dédiée à l'impact des technologies sur les droits humains, a annoncé, le 29 avril, l’annulation de son édition 2026 initialement prévue en Zambie du 5 au 8 mai. En cause, selon le communiqué publié par l’organisation, l’ingérence de la République populaire de Chine qui aurait exercé des pressions sur le gouvernement zambien. En ligne de mire : la participation prévue de membres de la société civile taïwanaise. Derrière cette annulation malheureuse, des accords dissonants inquiétants :

  • Un changement de tempo imposé : Le gouvernement zambien, pourtant partenaire par un protocole d’accord (MoU), a annoncé l’annulation via les médias d’État, sans concertation avec l’organisation, adoptant le tempo imposé par la Chine, qui multiplie ses investissement en Zambie pour accéder aux métaux critiques. Un signal de l’influence – économique et politique – croissante de la Chine dans la région.
  • Ce coup d’arrêt s’inscrit dans un contexte global de déclin des libertés en ligne, marqué par plus de 108 coupures d’Internet documentées dans le monde depuis mai 2025, de lois liberticides, de précarité des travailleurs des plateformes et de surveillance accrue. Cette décision prive ainsi la société civile d’un espace essentiel de coordination et de résistance citoyenne qui rassemble chaque année plus de 2 600 participants en présentiel et 1 100 en ligne, représentant 150 pays et 750 institutions. Son annulation prive les défenseurs des droits numériques d’une plateforme unique pour échanger, s’organiser et faire entendre leurs voix face à la montée des autoritarismes numériques.


Les communs, le logiciel libre et l’open source, contrechant de la souveraineté numérique

Alors que la France et l’Europe cherchent à réduire leurs dépendances numériques, les communs, le logiciel libre et l’open source apparaissent comme une partition possible, pour composer notre souveraineté numérique.

Inspirée des travaux d’Elinor Ostrom, la notion de communs numériques repose sur l'articulation de trois piliers indispensables : une ressource partagée (un logiciel, une base de données, un protocole...), un système de droits et d'obligations régissant ses usages, et une gouvernance structurée pour garantir la pérennité de la ressource et résoudre les conflits.

Le logiciel libre, théorisé par Richard Stallman et la FSF, se définit par un socle éthique de quatre libertés fondamentales accordées à l'utilisateur : la liberté d'exécuter le programme pour tout usage, celle d'en étudier et modifier le code source, celle de redistribuer des copies conformes, et enfin celle de partager ses propres versions modifiées.

Bien que techniquement convergents, le logiciel libre et l'open source diffèrent sur le plan philosophique. Le logiciel libre défend des valeurs de partage et l'open source adopte une approche pragmatique centrée sur la transparence du code, perçue comme un gage de performance économique, de sécurité et de fiabilité.

Ces trois formes d’« artefacts numériques ouverts » pour reprendre les mots de Yann Lechelle (voir Les Interprètes ci-dessous) apparaissent comme un levier encore largement sous-exploité pour la souveraineté numérique, présentant :

  • Des opportunités de développement, d’innovation et de création de valeur : leur modèle de développement, fondé sur l’intelligence collective, est un facteur de performance reconnu. Grâce à des communautés d’utilisateurs et de programmateurs, les bugs sont patchés plus rapidement et plus efficacement que dans des projets fermés. La participation aux projets open source est aussi un moyen de mutualiser la Recherche et Développement (R&D) et ainsi de soutenir l’innovation. Une étude commandée par la Commission européenne estime ainsi qu'un euro investi dans l'open source génère entre 4 et 7 euros de retombées économiques locales, sous forme d'emplois, de réduction des coûts de licences et d'innovation.
  • Des principes de gouvernance démocratiques : aucun acteur, qu’il soit public ou privé, ne peut s’approprier un commun, prévenant ainsi des risques de capture ou de privatisation qui pourraient être craints dans le cadre de projets publics-privés. Leur gouvernance repose aussi sur une définition claire des rôles et des responsabilités : la distinction entre mainteneurs, contributeurs, utilisateurs et administrateurs, évite les conflits de rôle et contribue à la qualité du projet.
  • Des avantages techniques et stratégiques permettant l’interopérabilité et la réversibilité : les communs numériques offrent une alternative aux verrous propriétaires, en garantissant l’accès au code source et la possibilité de l’adapter. Ils facilitent la migration entre solutions ainsi que l’interopérabilité et évitent les dépendances coûteuses et risquées aux éditeurs propriétaires (rachats, changements de politique, augmentation unilatérale des coût), cruciaux pour la continuité de l’action publique.

Toutefois, ce potentiel se heurte aujourd’hui à un ensemble d’obstacles structurels qui expliquent que les outils ouverts soient restés jusqu’à présent marginaux dans leur emploi réel : un manque de gouvernance claire pour coordonner les différents acteurs, passer à l’échelle et pérenniser les projets ; un cadre juridique et financier inadapté à la nature spécifique des communs ; une fragmentation des initiatives ; une méfiance persistante entre acteurs publics et privés, héritée d’échecs passés... Une stratégie française et européenne d’ouverture est donc encore à développer pour maximiser les économies d’échelle, fédérer les écosystèmes d’acteurs et identifier les briques technologiques à entretenir ou, le cas échéant, initier ensemble.

Le Conseil a publié cette semaine un rapport qui explore les conditions possibles de l’articulation entre public, privé et communs numériques pour bénéficier de leur potentiel d’ouverture et de leur gouvernance collective afin de bâtir des alternatives numériques pérennes et interopérables. Les communs et l’ouverture y constituent une clef de voute pour sortir du dualisme public-privé par des coalitions capables de fédérer les acteurs autour de projets communs, afin qu’ils coopèrent dans l’élaboration de solutions souveraines plutôt qu’ils ne se concurrencent. Leur fonctionnement résolument collectif et ouvert ouvre des perspectives tangibles pour atteindre une masse critique et stimuler l’innovation.


Fréquences : la sélection pour se brancher au bon canal

Une rubrique de curation de contenus, pour prolonger la réflexion et vous fournir des liens utiles. 

  • Le scrollytelling de Bon Pote permet de prendre conscience, en deux actes, de nos dépendances numériques. L’épisode 1 déroule la journée d’un citoyen qui – comme beaucoup d’entre nous – a délégué une grande partie de ses services numériques aux GAFAM. L’épisode 2 déroule un futur souhaitable : « la journée d’un repenti » composée d’alternatives numériques européennes.
     
  • Le Financial Times s’interroge aussi dans une courte vidéo publiée sur LinkedIn: « Pouvez-vous passer une journée entière sans services numériques américains ? ». La réponse va vous surprendre… Le média britannique présente à son tour le déroulement d’une journée si les Etats-Unis décidaient de restreindre l’accès à leurs services (le fameux « kill switch »).
  • Pour réduire ses dépendances : Go European, une bibliothèque communautaire – enrichie par 60 bénévoles issus de dix pays européens – référence des produits et services numériques européens par catégories et par secteurs, sur la base des recommandations personnalisées de la communauté.
     
  • Alternatives numériques, le mini-média contributif met en lumière des alternatives numériques « acceptables » (émancipatrices, soutenables, choisies) au grand public. On y trouve des offres alternatives, tutos et conseils pour (re)prendre la main sur nos services numériques.
     
  • Charles, l’extension Chrome qui facilite et gamifie l’adoption d’alternatives souveraines. L’extension détecte en temps réel les services non-européens que vous utilisez et vous propose des solutions souveraines et conforme RGPD. À votre rythme, sans jugement.
     
  • Le serveur MCP expérimental de data.gouv.fr, déployé en début d’année 2026 pour faciliter la recherche de données publiques en langage naturel, permet l’exploration du catalogue de données data.gouv.fr depuis votre assistant IA et l’analyse des jeux de données et de leurs ressources. Accédez au tutoriel de configuration du MCP pour chaque assistant conversationnel compatible.
     
  • Cartes.gouv.fr, la plateforme publique et souveraine, conçue par l’Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), qui rassemble toutes les données géographiques françaises de référence (topographie, urbanisme, agriculture, forêt, biodiversité, risques, foncier, données administratives et réglementaires). Véritable commun numérique, cartes.gouv.fr permet aux professionnels de l’aménagement du territoire et aux institutions non seulement de consulter des cartes, mais aussi d'héberger, de publier et d'enrichir collectivement avec leurs propres données.


Le Sonar : le conseil pour augmenter ses pratiques numériques d’un demi-ton

Après une rubrique réflexive, une rubrique plus directement activable.

EU Score : un Nutri-Score numérique collaboratif

Cette plateforme collaborative de l’association Yellow Sparks In A Blue Sky lancée en 2025 a pour mission d’aider les acheteurs et consommateurs européens à prendre des décisions éclairées dans leurs choix numériques. À la manière du Nutri-score pour les produits alimentaires, EU Score vise à évaluer et certifier la souveraineté numérique des services sur la base d’un système de notation clair et transparent articulé autour de sept critères d’évaluation (origine et propriété ; conformité au RGPD ; localisation et sécurité des infrastructures d'hébergement ; transparence ; contribution à l'économie et à l'innovation européennes ; sécurité et fiscalité). La plateforme étant collaborative, tout le monde peut ajouter sa solution et la soumettre à l’évaluation. L’animation de l’espace est opérée par une communauté de modérateur, à la manière de l’encyclopédie en ligne Wikipédia.


Les interprètes : Parce que nous voulons rendre explicables les sujets numériques, nos interprètes font le pont entre la « boîte noire » technique et les enjeux de société.

L’interprète du mois, Yann Lechelle, est cofondateur et président exécutif de :probabl., ancien CEO de Scaleway, co-fondateur d’EuroStack, cofondateur de l’Indice de Résilience Numérique (IRN, porté par l’association aDRI), membre du conseil d’experts Souveraineté et IA de France Digitale et du conseil d’administration du Hub France IA. Il est l’auteur d’Ouvertarisme, Le Numérique des Lumières (2025). Il nous livre son éclairage sur la philosophie des artefacts numériques ouverts et leur rôle stratégique pour construire notre autonomie numérique.

Communs numériques, open source, artefacts numériques ouverts... ces termes sont-ils interchangeables, et pourquoi sont-ils aujourd'hui indispensables au fonctionnement de nos outils numériques ?

YL : « Ces termes ne sont pas équivalents et la distinction compte. Quand on parle de communs numériques, on pense d'abord à Wikipédia : c'est en effet un commun numérique, mais d'ordre encyclopédique. Un commun précieux, mais sans rôle structurel. Or, c'est précisément là que se joue la souveraineté numérique, dans la stack qui va du protocole jusqu'au logiciel, posés juste au-dessus de l’infrastructure matérielle. La partie invisible mais critique, c'est le logiciel libre, présent dans 96 % des bases de code dans le monde. Une étude de Harvard estime que sa valeur atteindrait 8,8 billions (8 800 milliards) de dollars s'il fallait le recréer de zéro. C'est pour cela que je préfère le terme plus large d'artefacts numériques ouverts, que je défends dans le cadre de l'Ouvertarisme : il se décline en 7 piliers, dont l'open source n'est qu'une dimension. Les communs numériques en sont une partie du tableau, pas le tableau entier. »

Quel rôle l’open source peut-il jouer en France et en Europe, en matière de souveraineté numérique ?

YL : « L’Europe n’a pas de problème de compétence technique, mais un problème géoéconomique sur le numérique. Notre meilleure chance de rattraper notre retard, c’est d’adopter une politique industrielle qui fasse des artefacts numériques ouverts (dont l’open source) un levier stratégique, et de sauter une génération technologique, comme l’Afrique l’a fait avec la téléphonie mobile. L’open source est l’arme du challenger. Les exemples ne manquent pas : les GAFAM s’en servent pour se concurrencer entre eux, la Chine l’utilise pour concurrencer les États-Unis, et il offre un moyen de contourner la domination quasi monopolistique d'acteurs qui s'affranchissent des règles anti-concurrentielles. C'est aussi un level playing field, un terrain de jeu nivelé qui redistribue horizontalement la technologie au plus grand nombre.

Le rôle de l'État, et celui de l’Europe, c’est donc d’orchestrer cette bascule : stimuler l'open source et plus largement les artefacts numériques ouverts, démocratiser l’accès aux technologies, et créer les conditions pour que de nouveaux acteurs construisent de la valeur là où les dominants ne sont pas – ou sans en dépendre, pour ne pas les renforcer. C’est ça, une politique industrielle du numérique qui a une chance de réussir. » 

À propos de l’État, quel devrait être son rôle et son positionnement pour accélérer l’adoption de l’open source ?

YL : « L’État doit adopter une politique industrielle claire pour l'infrastructure numérique, en partant d’un constat lucide : nous sommes en retard, donc nous devons exiger que l'infrastructure soit bâtie sur des artefacts numériques ouverts. Concrètement, cela passe par la commande publique. Si l’État exige de l’open source dans ses appels d’offres, et organise la co-construction de briques manquantes, il enclenche une dynamique qui irrigue toute l’économie.

Cela suppose aussi une vraie gouvernance technologique. Il faut une DINUM dotée de moyens à la hauteur, un véritable OSPO (Open Source Program Office), et surtout un rôle qui relève du CTO (Chief Technology Officer), pas du DSI : non pas la gestion des systèmes d'information existants, mais une vision stratégique transverse sur l'architecture de l'ensemble de l'État. Les compétences techniques pour le faire, nous les avons en France, et cet agenda doit s'inscrire dans le temps long de l'infrastructure, par une feuille de route au moins quinquennale sanctuarisée. »

Quelle réponse adresser au scepticisme qui entoure parfois l’open source ?

YL : « Beaucoup de mythes entourent l’open source. Le premier, c'est qu'il serait plus vulnérable. C'est faux : on y trouve autant de bugs et de failles que dans le logiciel propriétaire, sinon moins, et ils sont corrigés bien plus vite grâce à la vigilance de la communauté. L'open source est même anti-fragile : chaque incident majeur, de Heartbleed à Log4Shell, a renforcé l'écosystème (création de l’Open Source Security Foundation, généralisation des nomenclatures logicielles (SBOM), effort coordonné sur la supply chain logicielle). Le résultat, c'est que la quasi-totalité de l'offre logicielle mondiale tourne aujourd'hui sur des briques open source.

L’autre mythe est celui de l’absence de modèles économiques. Ils existent, ils sont nombreux et variés, mais l’Europe est restée ancrée dans un schéma binaire trompeur : ouvert égale gratuit, propriétaire égale payant. C'est précisément ce raccourci qui bloque l'émergence des modèles hybrides. Prenons la spin-off d’INRIA, Probabl, entreprise à mission éditrice de scikit-learn, la bibliothèque Python de machine learning la plus utilisée au monde avec plus de 4,6 milliards de téléchargements cumulés. Le code reste open source sous licence permissive, et nous construisons par-dessus des solutions commerciales à valeur ajoutée, du service et du support. Ce modèle existe à grande échelle ailleurs : Red Hat (racheté 34 milliards de dollars par IBM), Databricks et plus près de nous Hugging Face, qui a démontré qu'on pouvait construire un acteur de référence mondial en restant ouvert. L’opportunité est massive, et elle est encore largement sous-exploitée en Europe. »

Un dernier mot que vous souhaiteriez ajouter sur la philosophie de cette approche ?

YL : « L'open source n'est pas un dogme, c'est un levier. Le plus durable que nous ayons : transparence, auditabilité, et une communauté mondiale qui tire l'ensemble vers le haut. À ce titre, il est aussi un modèle d'affaires, et un modèle particulièrement résilient dans le temps.

Mais il faut voir plus loin. Ce qui se joue avec les artefacts numériques ouverts dépasse la tactique économique : c'est la transposition au numérique d'un héritage qui est le nôtre, celui des Lumières. Diderot et d'Alembert ont opposé l'Encyclopédie au monopole du savoir. La République des Lettres a fait circuler la connaissance par-delà les frontières et les pouvoirs. L'appel de Kant à « oser savoir », c'est exactement ce que permet un code source ouvert : auditer, comprendre, contribuer, ne pas s'en remettre à l'opacité d'un acteur dominant.

L'Ouvertarisme, c'est cela : refuser que l'infrastructure numérique du XXIe siècle ne se construise sur le modèle des corporations d'Ancien Régime. La motivation collective qui anime la communauté open source est plus durable que les intérêts purement extractifs qui dominent une partie du logiciel propriétaire. Non par vertu des contributeurs, mais parce que l'architecture même de l'ouverture rend possible un alignement entre individu, communauté et bien commun. C'est notre meilleure chance de bâtir un numérique qui émancipe plutôt qu'il n'asservit. »


L'interlude : une respiration dans le flux, des dates pour aller écouter, ou voir des choses (conférences, colloques, expositions, journées thématiques).
  • Les 1er et 2 juin, le Forum des Interconnectés – rendez-vous annuel des acteurs publics et du numérique – s’installe à Station F pour mettre le cap sur la trajectoire d’indépendance numérique des collectivités territoriales. L’occasion aussi pour les Interconnectés et leurs partenaires, d’explorer les défis à venir en matière d’IA, de cybersécurité, d’inclusion numérique, d’infrastructures numériques…
     
  • Les 4 et 5 juin, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne organise un colloque dédié aux « enjeux éthiques et régulation des LLM dans le contexte éducationnel», avec le soutien du CEA et de Bpifrance. Jeudi 4 juin à 15h30, Joséphine Corcoral – directrice adjointe du CIANum – participera notamment à la table ronde IA open source : quels enjeux ? animée par Judith Rochfeld, Professeure de droit, IRJS Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
     
  • Le 14 juin prochain, VivaTech fêtera son dixième anniversaire avec une journée gratuite, grand public et immersive, sur les Champs-Élysées, trois jours avant l’ouverture du salon. Au programme notamment : ateliers, présentations d’innovations en robotique, IA, drones, etc.
     
  • Du 9 au 16 juin, VivaIssy 2026, le festival des audaces numériques de la Ville d’Issy-les-Moulineaux explorera les usages concrets du numérique, leurs impacts et les choix qu’ils impliquent à travers plusieurs grands temps fort, dont un temps fort grand public le week-end des 13 et 14 juin consacré aux familles avec un programme ouvert et  participatif mêlant forum, ateliers, démonstrations, jeux et compétitions e-sport, pour découvrir et comprendre les enjeux du  numérique de façon ludique.
     
  • Du 12 au 19 juin 2026, la Région Hauts-de-France organise « l’IA avec NOUS » une semaine inédite - second grand rendez-vous français 18 mois après Paris. Elle débutera par le Grand Sommet de l’IA le 12 juin à Lille, suivi d’un Festival dans toute la région jusqu’au 19 juin. Vous pouvez proposer votre propre événement ou découvrir la programmation et les intervenants.

 

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