Dependance Day ? Fable 5, Mythos 5 : l’Europe face à son point de bascule
Le Conseil de l’IA et du numérique propose ici quelques réflexions sur ce qu’implique cette décision et formule des propositions en faveur d’une autonomie numérique européenne accrue et ouverte, à l’aune de cet événement marquant qu’il serait malavisé de minimiser.
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Une étape supplémentaire significative vers la généralisation pratique des coupures d’accès aux services étrangers
Menace régulièrement invoquée ces derniers mois, le kill switch et ses impacts sur l’autonomie stratégique européenne ne sont plus une hypothèse. Si ce risque concret s'était déjà illustré de manière ciblée et plus silencieuse par le passé, les restrictions imposées sur ces deux modèles de pointe marquent une étape supplémentaire, significative et inédite vers la généralisation pratique de ce risque.
Cet épisode brutal fait peser une forte menace sur l’IA open source et accessible au plus grand nombre
Nous assistons potentiellement à un changement de paradigme : le passage d’une IA perçue comme une commodité grand public à une IA de rareté, contrôlée et maîtrisée par une poignée d’acteurs.
En parallèle, le retour en force du narratif du « risque existentiel » sert à justifier le verrouillage des modèles les plus avancés. Cette posture contribue à limiter la concurrence et à restreindre l'innovation ouverte.
La tendance à l’œuvre en défaveur de l’open source soulève des questions critiques. Elle remet en cause notre capacité à auditer indépendamment les modèles et à accéder aux données d’entraînement mais aussi à avoir recours à des outils essentiels pour lutter, par exemple, contre les risques pesant sur les mineurs en ligne.
Un moment charnière pour l’Europe
Pour l'Europe, l'action doit porter sur l'ensemble de la chaîne de valeur :
- Sur le plan des politiques publiques : Les réponses française et européenne doivent se cristalliser tant sur l’offre que sur la demande pour favoriser le passage à l’échelle, articuler les écosystèmes privés et publics et façonner un véritable marché européen.
- Sur les couches basses : L’Europe doit impérativement disposer d’une puissance de calcul suffisante pour développer les alternatives européennes en s’assurant qu’elle ne soit pas uniquement fléchée vers les acteurs américains.
- Sur les talents : La situation peut représenter un momentum pour l’Europe qui doit en profiter pour attirer les ingénieurs installés hors de nos frontières.
- Sur le développement des modèles : La France et l’Europe doivent se doter de capacités propres et à l’échelle en recherche sur l’IA de frontière, afin de limiter au plus vite leurs vulnérabilités à nouveau mises en lumière par cette décision unilatérale des autorités américaines.