Audition : comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture ?

Etienne Grass et Guillemette Picard étaient auditionnés le lundi 12 janvier par la Mission d’information « Création, diffusion et acquisition des connaissances : comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture », de l’Assemblée nationale. 

Cette mission de la commission des affaires culturelles est présidée par M. Roger Chudeau et Mme Céline Calvez en est la rapporteure.


Le lundi 12 janvier, la mission d’information a auditionné Etienne Grass et Guillemette Picard. Ils sont revenus sur les groupes de travail constitués par le CIANum pour approfondir les enjeux relatifs à l’IA et l’éducation ainsi qu’à l’intégrité informationnelle et démocratique.

Visionner la rediffusion de l’audition
 

Intelligence artificielle et éducation 

Le message porté par le Conseil s’est organisé autour de plusieurs constats clés : 

  • L’effondrement de l’attention au plus jeune âge : une avalanche de papiers documente une accélération de la crise de l’attention sous l’effet de l’IA, parfois aussi qualifié plus largement de « ramollissement cérébral » (brain rot) ; la DG Trésor a aussi documenté les effets de cette crise en termes de perte de richesse pour l’économie (entre 2 et 3 points de PIB à long terme), mais sans documenter la place potentielle de l’IA dans cette évolution. Des études très sérieuses ont montré que la dépendance accrue de notre cerveau à l’information trouvée en ligne réduit la masse de nos connaissances sémantiques, altère nos souvenirs autobiographiques, creuse les déficits de notre mémoire spatiale et réduit nos capacités de planification (« effet Google »).
  • Une rupture épistémologique souvent qualifiée de « déluge informationnel », qui redistribue la carte des compétences nécessaires pour faire société, pour travailler et être un bon citoyen. Cette rupture est celle dans laquelle le système éducatif se déploie. Il a aussi pour effet de faire sortir l’éducation du sanctuaire de la classe et multiplie les opportunités éducatives dans la fréquentation des médias, des réseaux sociaux ou autres solutions numériques dédiées. Elle a enfin pour effet de redistribuer les cartes de la santé mentale des jeunes élèves.
  • La transformation des mécanismes d’apprentissage non seulement pour s’adapter à ces nouvelles réalités, mais surtout pour tirer parti des opportunités qu’offrent les modèles d’IA en termes de créativité, d’adaptation de personnalisation et de stimulation. Ce mouvement relie fortement le fait d’apprendre avec l’IA et d’apprendre sur l’IA.
  • La recomposition des relations entre le système scolaire et les parents sous l’effet de plateformes favorisant la communication et dotant les parents d’un regard critique sur les pratiques pédagogiques.

Dès lors que vos actions engagent l'avenir d'enfants, vous êtes tenus d'évaluer vos pratiques et leurs impacts. Une IA qui pénètre dans la salle de classe sans évaluation préalable ne doit pas être acceptée. Ce doit être l'une des règles essentielles. »
Etienne Grass

Afin de proposer des principes au service d’une école et d’élèves qui tirent parti de l’IA sans en devenir captifs, le Conseil a lancé un groupe de travail réunissant des membres au-delà de ses membres « permanents » pour associer à ses travaux des personnalités issues de la communauté éducative (primaire, secondaire, enseignement supérieur), du secteur de l’EdTech ou des chercheurs experts de ces thématiques.

Ce groupe se concentrera sur la question de l’acquisition des connaissances et de l’évolution des pratiques pédagogiques qui, en analysant la façon dont l’IA bouleverse trois piliers de l’école : 

  • La transmission et l’acquisition des savoirs ;
  • La socialisation ;
  • L’émancipation de citoyens éclairés en devenir.

Intégrité informationnelle et démocratique

Le message porté par le Conseil s’est organisé autour de plusieurs constats clés : 

  • L’espace public connaît une nouvelle phase de reconfiguration avec des menaces grandissantes pour l’intégrité informationnelle et démocratique. S’ils ne sont pas nécessairement récents et ne sauraient être exclusivement attribués aux transformations numériques, celles-ci jouent indéniablement un rôle fondamental.
  • Ces phénomènes menacent la qualité du débat démocratique, la confiance dans les institutions et la cohésion sociale. Plusieurs crises récentes (élections, pandémie, conflits géopolitiques) ont montré l’urgence d’agir. En 2026 et 2027, deux scrutins électoraux auront lieu : d’abord à l’échelle locales avec les élections municipales, puis au niveau national avec l’élection présidentielle, probablement suivie de nouvelles élections législatives. Les élections municipales feront, d’une certaine façon, figure de test en amont de la présidentiel. Dans cette perspective, des réflexions au croisement des enjeux d’intégrité informationnelle et démocratique sont à mener pour outiller l’ensemble des acteurs concernés, éclairer les débats et formuler des propositions concrètes.

Compte tenu de l'évolution extrêmement rapide du paysage informationnel, nous avons choisi, pour ce groupe de travail, de lister une série de questions précises auxquelles nous répondrons dans des formats variés pour nourrir le débat public et éclairer tant la société que les décideurs. » 
Guillemette Picard 

Notre objectif, par nos publications, sera de faire le point sur ces transformations et d’éclairer le débat public en répondant à des questions précises dans des formats variés, avec l’appui d’experts dans le domaine, par exemple : est-ce que les bulles de filtre existent réellement ? Est-ce possible et souhaitable de détecter automatiquement les contenus générés par IA ? Quelles leçons peut-on retenir des scrutins récents à l’étranger et des mesures prises ?

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